Revolut, c’était « la carte pour pas se faire plumer à l’étranger ». Dix ans plus tard, c’est une appli qui fait banque, bourse, crypto, voyages — et, depuis août, une vraie banque agréée en France. Pas un slogan. Un papier de l’ACPR et de la BCE.
Voici le fil, sans prospectus.
Une carte née d’une facture d’hôtel
2015, Londres. Nik Storonsky (trader, Lehman puis Credit Suisse) et Vlad Yatsenko (ingénieur) lancent Revolut. L’idée tient en une phrase : changer des devises au taux interbancaire, pas au tarif « souvenir » de ta banque de quartier. Carte prepaid, appli, frais de change qui font mal aux réseaux historiques.
Ça cartonne parce que c’est simple. Puis ça s’empile : compte pro (2017), abonnement Premium, crypto, trading, crédits dans certains pays, assu voyage. Licence bancaire lituanienne dès 2018 — le sésame pour « passerporter » dans toute l’UE. Licence britannique complète seulement en mars 2026, après des années de bras de fer avec la PRA. Aujourd’hui : plus de 75 millions de clients dans le monde, autour de 8 millions en France, valorisation privée dans les dizaines de milliards. Toujours pas d’IPO. Toujours zéro agence.
Le hic français, jusqu’à cet été
En France tu avais un IBAN en FR. Impression de banque locale. Sauf que le compte était chez Revolut Bank UAB, la filiale lituanienne. Tes dépôts étaient couverts par le fonds de garantie lituanien, pas par le FGDR français. Légal, régulé, un peu flou au moment de raconter ça à ta mère.
L’agrément français, demandé en 2025, est tombé le 7–10 août 2026 : Revolut Bank S.A., licence de plein exercice, regardée par l’ACPR et la BCE. Siège Europe de l’Ouest annoncé à Paris (2027), Frédéric Oudéa au board, Béatrice Cossa-Dumurgier aux manettes de la zone. Investissement annoncé : plus d’un milliard d’euros, des centaines d’embauches.
« Comme une banque française », ça veut dire quoi
Concrètement, trois trucs.
1. La tutelle change
Les clients FR basculent, dans les mois qui viennent, de la banque lituanienne vers Revolut Bank S.A. Préavis de deux mois. Tu n’as rien à faire si tu restes. Tu peux clôturer gratis avant la migration si ça ne te va pas.
2. La garantie des dépôts
On passe du schéma lituanien au FGDR français (100 000 € par déposant, comme au Crédit Agricole d’à côté). C’est ça, « comme une banque française », version matelas.
3. Les produits qu’une néobanque « passeport » ne pouvait pas vraiment poser
Crédit conso plus large, éventuellement immo, livrets réglementés (Livret A, LDDS), assurance-vie, PER, découvert à la française. C’est ouvert par l’agrément. Ce n’est pas tout en rayon demain matin.
Petit grain de sable, pile cette semaine : selon Les Échos, la BCE aurait encore des conditions avant de lâcher le crédit immobilier en Europe de l’Ouest. Licence ≠ catalogue complet. Revolut a le droit d’être une banque. Elle n’a pas encore le droit de faire tout ce qu’une banque de réseau fait depuis 1973.
Ce que tu as déjà dans l’appli
Sans attendre le Livret A :
- compte + carte (virtuelle tout de suite, plastique à la demande)
- virements, prélèvements, IBAN FR
- change multi-devises
- coffres / pots, extraits, extraits fiscaux selon les années
- trading actions / ETF, crypto (selon ton profil)
- eSIM data à l’étranger sur les plans payants
- Revolut Business, Kids & Teens
- assurances voyage selon l’abo
C’est une super-app fric, pas un conseiller en costume.
Les abos, version 2026
Cinq étages. Prix France après la hausse de juillet :
Standard à 0 € / mois
Le pied dans la porte. Change gratuit limité (~1 000 €/mois), retraits DAB ~200 €/mois.
Plus à 3,99 € / mois
Un cran de limites + une carte un peu moins banale.
Premium à 10,99 € / mois
Change illimité au taux interbancaire, retraits ~400 €, assu voyage, extras lifestyle.
Metal à 18,99 € / mois
Carte métal, retraits plus hauts, voyage + data, le plan « je bouge vraiment ».
Ultra à 60 €
Le VIP. Salons d’aéroport, limites XXL, carte plaquée. Tu justifie ça si tu prends l’avion comme le métro.
Les chiffres bougent. Vérifie l’appli le jour J. Et non : payer Metal pour « avoir l’air riche » dans un bar, ça reste un hobby.
Ma lecture
Revolut a gagné en devenant d’abord une app, ensuite une banque. L’agrément français, c’est la facture d’entrée dans le club des grandes : plus de tutelle de proximité, plus de produits « France », plus de questions le jour où ça coince.
Est-ce que ça remplace ta banque de toujours pour le salaire, le loyer, le crédit de l’appart ? Pas encore, pas pour tout le monde. Est-ce que ça reste l’outil le plus propre pour un week-end à Lisbonne et trois devises dans la même poche ? Oui.
Moi je la garde comme deuxième compte. La première qui a le droit de jouer dans la cour des banques françaises, sans pour autant devenir ta banque de papa. On jugera le Livret A et l’immo quand ils seront dans l’appli, pas dans le communiqué.
